Festival du raï, Oujda parie et gagne
A Oujda, le raï est roi. C’est à ce titre que l’Association Oujda Arts, soutenue par la wilaya et le Centre régional d’investissement, a décidé de l’honorer annuellement. La première édition du Festival international du raï -FIR- s’est tenue du 19 au 21 juillet. La manifestation fut un succès pour la chanson... et un bon vecteur de com’ pour une région qui veut décoller.
Le conducteur du taxi qui nous conduit de la gare ferroviaire d’Oujda vers notre hôtel est d’une inépuisable exubérance. Et d’une curiosité à la limite de l’indécence. Apprenant que nous exerçons le métier de journaliste, il nous lance : «J’espère que vous allez nous sortir un bel article sur Oujda. Vous savez, on parle peu de nous. C’est comme si nous n’intéressions personne, que nous n’étions pas des marocains. Il n’y en a que pour les villes impériales et les sites touristiques, mais d’Oujda tout le monde s’en moque. Il est vrai, je dois l’avouer, que rien ne s’y passe. » Nous lui faisons remarquer qu’il y a quand même un festival qui s’y déroule présentement. « Oui, il a commencé il y a déjà quatre jours -lundi 16 juillet-, mais pas un mot dans les journaux, reproche-t-il. De fait, renseignement pris au COS de l’ONE, censé accueillir les gens de la presse, pas l’ombre d’un des journalistes « festivalivores ». Oujda est loin des yeux, donc loin du cœur.
Pourtant, en y flânant, on s’aperçoit que cette cité millénaire possède un charme suranné que ses habitants ne se lassent pas de siroter depuis les terrasses de cafés, à longueur de journée bondées. Tout particulièrement celles qui bordent le boulevard Mohammed V. Impossible d’y trouver un siége disponible. Se résigner à marcher sur les trottoirs ? Exercice périlleux, car ils sont en réflexion. Plutôt que d’encourir le risque de s’emmêler les pinceaux dans les pavés et le gravats, nous prenons la tangente. Cap sur la première artère perpendiculaire à l’horizon. A son orée, se dresse une « tour de l’horloge » hideuse. Elle indique invariablement 11h14 mn. Ici, le temps serait-il immobile ?
Tout le long de l’artère, des commerces. Celui du disque semble le plus florissant. Nous pénétrons dans l’un des magasins. Un jeunot nous tend d’autorité les CD des raïmen les plus en vue actuellement, selon ses dires bonimenteurs. Il ne lui serait pas venu à l’esprit de nous présenter un autre genre musical. « Nous avons aussi du gharnati, laalaoui, du nhari et du mengouchi, mais en très petite quantité. En revanche, nous sommes copieusement achalandés en raï. En raison de la demande. Ici, elle est forte. » Oujda vibre au rythme du raï, s’en délecte, s’en repaît. Il hante ses maisons, ses rues, ses lieux de convivialité. Il règne presque sans partage sur les cœurs oujdis.
A Oujda, le raï a sa propre association, Oujda Raï, rebaptisée récemment Oujda Arts. C’est elle qui fut à l’initiative du Festival international du raï. Il y a un peu plus de deux ans, son président, Mohamed Amara, soumit son projet à l’aval de Mohamed Brahimi, wali de la région de l’Oriental, qui ne se fit pas prier pour l’approuver et s’y investir. Le directeur du Centre régional d’investissement -CRI-, Farid Chouraq, promit, de son côté, d’apporter sa pierre à l’édifice. Aussitôt, les préparatifs furent menés au pas de charge. Le tems pressait. L’échéance, fixée à l’été 2006, se rapprochait. Puis, ce fut la douche écossaise. La première édition du FIR ne pouvait avoir lieu, vu qu’à cette période-là, la guerre d’Israël contre le Hezbollah libanais avait lieu.
Ce n’était que partie remise, se consolait-on. On reprit les mêmes et on recommença, avec encore plus d’ardeur, d’autant qu’entre-temps Oujda.